Liberté et démocratie

 

Liberté et démocratie

— Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom ![1]Les siècles passent, mais la folie des hommes ne change pas.

Duncan leva les yeux de l’ordinateur sur lequel il travaillait pour regarder sa cadette.

— Pourquoi cette réflexion désabusée, petite sœur ?

— Nous vivons depuis plus de huit cents ans, maintenant, et franchement, qu’est-ce qui a changé ? L’homme continue à joyeusement massacrer ses semblables pour des raisons totalement fallacieuses.

L’Alpha eut un rictus fataliste.

— C’est inhérent à la nature humaine. Souviens-toi des chevaliers qui s’ennuyaient quand ils n’étaient pas en guerre. Ou, à plus petite échelle, de deux loups-garous de ma connaissance qui, à une époque, ne concevaient pas de passer une journée sans se taper dessus.

— C’est étrange, je ne me souvenais pas d’avoir fait quoi que ce soit me valant une volée de bois vert… Et toi, Aloys ?

— Moi non plus, renchérit son cousin, avec qui il disputait une partie d’échecs.

— C’est pour les dizaines d’années durant lesquelles vous m’avez pourri l’existence.

— Il pourrait y avoir prescription, non, depuis le temps ? grommela Aymeric.

Duncan leva un sourcil supérieurement hautain.

— Dois-je te rappeler que nous ne sommes pas en démocratie, et qu’à ce titre, je suis le seul apte à décider… de tout, en fait. Quelqu’un a une remarque, voire une objection… ?

Les cousins échangèrent un regard résigné, avant de céder dans un soupir.

— Non, Seigneur, pas d’objection.

— Ni même de remarque.

— Et bien voilà, on avance… Avec un peu de chance, dans un millénaire ou deux, je n’aurais plus besoin de me répéter...



[1] Citation attribuée à Manon Roland, égérie des Girondins sous la Révolution, et qu’elle aurait prononcée avant d’être guillotinée, le 8 novembre 1793.